Le joujou rouge, la poétique des photos

Poste le 10 février 2008 
Dans la categorie VIP

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Bonjour tRioL. Je vous remercie de bien vouloir répondre à cette interview. Nos lectrices, les ménagères sont fans de vos photos.
Votre contribution apporte à certains de nos articles, une illustration originale.

1. Comment devient-on photographe ?

tRiol : Ne te sépare jamais de ton appareil. Considère chaque clic comme la capture d’une seconde de réalité potentiellement immortelle et essaye de gagner ta vie avec. Si tu y parviens, je suppose que tu seras devenu(e) photographe.

2. Votre œil est-il votre principal outil de travail ?

tRiol : Oui. Avec mon cœur.

3. Quelles doivent être les qualités pour être un vrai photographe ?

tRiol : Je ne sais pas. Je ne me considère pas comme une vraie photographe. J’ai tout entendu là-dessus. Maîtrise technique « académique », puristes ne jurant que par le noir et blanc, mépris du numérique, préparation du décor, des éclairages, réglages précis, attentes des heures que passe le sujet ciblé dans le champ de l’objectif… je ne m’y retrouve pas du tout.

C’est le numérique qui m’a fait rencontrer la photographie. Il ne me serait jamais venu à l’idée d’aller passer des heures à développer dans l’obscurité d’un labo, parce que ce temps-là, je l’aurais donné au crayon et à la peinture, ainsi que je l’ai toujours fait avant l’apparition de ces nouvelles technologies. Ces dernières ont mis la photo à la portée de tous. Plus de pellicule, plus de consommables à renouveler, on prend, on jette à l’infini sans que cela ne coûte rien – en dehors du prix de l’appareil, de quelques cartes mémoires, des tirages, et à supposer que l’on soit déjà détenteur d’un ordinateur –, et le résultat est accessible sur l’immédiat. Ce sont ces facilités qui m’ont appelée. Aussi, la vraie question ne serait-elle pas plutôt : « Qu’est-ce qu’une vraie photographie ? »

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4. Quelle est la différence entre une photo amateur et une photo professionnelle ?

tRiol : La photo professionnelle doit rapporter de l’argent. J’ai bon ?

5. À travers vos photos, vous proposez vos propres vues sur le monde ? Est-ce un vecteur de communication ?

tRiol : Bien sûr, à l’instar de toutes les formes d’art. La photo, pour sa part, étant censée au départ privilégier la réalité extérieure sur l’interprétation intérieure, à mon sens. Sa fonction première est d’enfermer une seconde de vie entre quatre droites [dé]limitées par quatre coins. L’image photographique dit simplement : « Cela a existé. » Ce message essentiel de mémoire est porté – donc cautionné –, pour la première fois, par la science technique. Ce n’est pas rien. Avant la découverte de la chambre noire, pour témoigner du monde qui nous entoure, il n’y avait que les peintres. En attestent les premiers documents visuels humains ornant les parois de grottes préhistoriques célèbres…

6. Que souhaitez vous réellement montrer ?

tRiol : Évidemment, ce que je montre est ce que je cache et vice et versa. Mais je ne triche jamais. J’aime donner à voir des jours ordinaires sous un angle inédit. Ou simplement magique. Par exemple, de la pluie qui a mauvaise réputation, j’attrape les reflets sur le bitume à la tombée du soir. Pas de mise en scène, sinon autant dessiner, imaginer. Ce qui m’intéresse avec la photo, c’est qu’elle ne ment pas. Aussi, de mes mondes quotidiens, des êtres et des routes, tout est pris sur le vif.

7. Êtes-vous aussi une ménagère ?

tRiol : Il le faut bien ma chérie.

8. Le truc de ménagère que vous détestez le plus ?

tRiol : Tout le secteur fringues et linge. Le repassage ne fait carrément pas partie de ma vie, je ne mets que de la fripe. J’achète dans le métro ou au marché. Je déteste faire les boutiques. Plier m’ennuie au plus haut point donc tous mes vêtements sont en vrac dans une énorme malle. Pour m’habiller, je fourrage là-dedans avec bonheur, tournant et retournant tout. Peut-être un reste de climat de conte de fées… – sourire – car, paradoxalement, le fil et l’aiguille m’apaisent. J’aime bien recoudre si besoin. Rangement général et grand ménage ne me dérangent pas, mais ce qui me plaît le plus, c’est la vie dans la cuisine. Mon domaine est dans cette pièce.

9. Votre photo préférée (de vous ou d’un autre) ?

tRiol : J’ai une contre question. Entre un fromage et une pomme, quel est votre aliment préféré ?

10. Votre appareil préféré ?

tRiol : Ce sera vite fait, je n’en ai qu’un. Compact Lumix avec lunette Leica et petit grand angle (rèf. : Panasonic DMC-FX01). Pourtant, même s’il était beaucoup moins performant, j’avais un faible fondant pour mon joujou rouge – un Konika Minolta qui ne se fait plus désormais – le tout premier et précédent, qui avait d’excellents capteurs et s’entendait si bien avec les lumières tamisées…
Je n’ai pas essayé le reflex. Je ne me vois pas trop le sortir de ma poche en tous lieux et toutes les cinq minutes.

11. Le photographe ou cinéaste qui vous a inspiré ?

tRiol : Le plus grand artiste de tous les temps. La force créatrice que certains appellent Dieu et grâce à laquelle nature, êtres et moi-même inspirons et expirons… Si je commence à citer des photographes que j’admire et connais, d’autres que j’admire mais ne connais pas pourraient, à tort, se sentir exclus. Donc je ne prends pas ce risque. Mes quelques guides vivants, savent bien qu’ils le sont…

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12. Métro ou marche à pied ?

tRiol : Les deux. J’ai eu des périodes rollers. Je n’ose pas le vélo urbain – que j’adore à la campagne – à cause des voitures. Je rêverais d’une ville dont les moteurs ne traverseraient pas le cœur, de revoir des crottins séchés sur les pavés… Il restera toujours de rêver…

13. Numérique ou argentique ?

tRiol : Beau temps aujourd’hui, n’est-il pas ?

14. Paris ou Province ?

tRiol : La ville, c’est ma mère. Elle me rassure, elle me stresse, même si je la quitte toujours avec soulagement, elle me manque très vite quand je suis loin d’elle. Elle est mon anonyme chéri, le son de ma botte sur le dur, la cruauté des sirènes et autres turbines vrombissantes et une odeur d’enfer à la portée des poussettes. La province, ressource obligée, parler aux arbres, au soleil, à la rosée, un petit galop en forêt et revivre…

15. Chien ou chat ?

tRiol : Chat. Absolument. Il n’empêche que j’aime toutes les bêtes et que j’ai aussi eu un chien pendant quinze ans.

16. Passion ou raison ?

tRiol : Passion.

17. Mac ou PC ?

tRiol : L’un ou l’autre. En ce moment, c’est PC.

18. Jazz ou variétés ?

tRiol : Classique, en particulier Schubert, Brahms, Bête-aux-veines, Wolfgang Amadéousse M. mais aussi des plus récents comme Stravinsky, Debussy un peu, Dvorak, impossible de lister, ils sont trop nombreux, tous ceux qui furent les graines authentiques ayant inspiré les thèmes éculés de grandes musiques de film, eux-mêmes repris derrière en masse, à tout bout de champs et pour n’importe quel yaourt par les publicités télévisées et ressassée des générations durant ; j’ai baigné comme tout le monde dans la pop, le rock, à travers l’évolution et les dérivés de leurs décennies historiques ; j’aime les musiques du monde et aussi l’electro, un bon rock français comme un tube ringard 80’s sur fond de boîte à rythme au rendu de casserole. Toutes les musiques qui ont une racine et racontent une histoire m’intéressent…

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19. Talons aiguilles ou jeans ?

tRiol : Pour une occasion je sais me transformer, robe du soir et bottes-‘aiguilles’, parfois petite jupe s’il fait bon, robe courte et légère par canicule, mais la plupart du temps je reste une Cendrillon en jeans.

20. Votre mot et/ou gros mot préféré(s) ?

tRiol : Tiens, prend ça, Mortecouille ! Ce mot est un cadeau.

Vous pouvez finir cette interview par une phrase qui vous conviendra.
Nous vous remercions de bien vouloir choisir quelques photos permettant d’illustrer l’article.

tRiol : Actu. Le joujou rouge t’invite à son exposition 2008, initiée par L’Otre, et qui démarrera un peu avant en solo, fin février, Chez Jeannine à Paris. Tu peux d’ores et déjà noter que le vernissage aura lieu un jeudi, l’un des deux derniers de ce mois. Netteté et précisions à venir, imminentes.
Merci à toi, La Ménagère.

Visitez le site de tRiol, le joujou rouge

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