L’élégance du hérisson
Poste le 3 mars 2008
Dans la categorie Livres de chevet
En côtoyant le monde littéraire, j’ai rencontré beaucoup de ces messieurs plumés et … misogynes. La littérature n’était donc pas une histoire de femme. Malgré les références en la matière comme George Sand, Colette, Staël, Beauvoir (dans le désordre) juste pour ne citer que les incontournables, ceux-ci, la bouche en cÅ“ur admettaient le talent en concédant une sorte de virilité dans leur écriture et sa composition.
Ainsi donc, dans le microcosme parisien, les femmes avaient de la plume un peu comme les plumassières enjolivant les tenues des danseuses de revue ; la métaphore servant les propos de la critique assurée de ces messieurs de talent. Je refuse de dénigrer les personnes qui manient le fil et l’aiguille, la comparaison était nulle et sans commune mesure.
Ainsi, j’ai donc beaucoup lu. Les hommes, les femmes. La mode étant aux essais politiques ou aux études de mÅ“urs, je choisissais le roman comme un acte de résistance pour servir ce que j’affectionnais, la belle écriture, et comme par résistance inconsciente, je choisissais, le plus souvent, les livres commis par les femmes.
Ainsi, je lis “l’élégance du hérisson”. Ainsi, je découvre une Å“uvre magnifique. Une écriture précise, un rythme nouveau, une histoire singulière, enfin deux, un regard intelligent sur le monde des apparentes évictions de nos contemplations faussées. Les phrases claquent comme une pas de deux de grandes figures d’un ballet du drame moderne, capturant l’essentiel de nos sociétés coupées en plusieurs polarités sadiques, le riche et le pauvre, l’intelligence et la bêtise, la culture et le savoir, l’apparence et l’esprit. Et bien sûr, le tout dans un subtil désordre géométrique bouleversant nos habitudes de relation.
Ce livre est un ovni venu tout droit de Vénus. Cette Å“uvre est captivante. Elle vous emmène vers la lumière d’une sorte de perfection dans la description de l’univers de Muriel Barbery. Oups, c’est une femme !
Elle nous offre ses vues du monde comme l’affection qu’elle a pour la culture qu’elle enrichit de toutes ses compréhensions et découvertes au fil de ses balades contemplatives du monde qui l’entoure. Muriel Barbery sous les traits magistraux de ces deux anti-héroïnes capture la schizophrénie de nos existences comme celle de nos sociétés.
C’est un livre à lire, à offrir, à connaitre, à savourer, à avoir lu. Nul doute qu’elle servira le propos pour m’aider à rabattre le caquet con de certains de ces messieurs pédants qui n’oseront plus se gausser après lecture sublime de l’élégance du hérisson. Merci Muriel.
Muriel Barbery s’inscrit d’ores et déjà dans la lignée de celles et ceux qui font la beauté de l’art littéraire. A croire que le prix des libraires est le seul qui vaille encore.
Achetez en ligne l’élégance du hérisson
L’élégance du hérisson, roman, Muriel Barbery, éditions Gallimard
Extrait : ” Ainsi en va-t-il de bien des moments heureux de notre existence. Déchargés du fardeau de la décision et de l’intention, voguant sur nos mers intérieures, nous assistons comme aux actions d’un autre à nos divers mouvements et en admirons pourtant l’involontaire excellence. Quelle autre raison pourrais-je avoir d’écrire ceci, ce dérisoire journal d’une concierge vieillissante, si l’écriture ne tenait pas elle-même de l’art du fauchage ? Lorsque les lignes deviennent leurs propres démiurges, lorsque j’assiste, tel un miraculeux insu, à la naissance sur le papier de phrases qui échappent à ma volonté et, s’inscrivant malgré moi sur la feuille, m’apprennent ce que je ne savais ni ne croyais vouloir, je jouis de cet accouchement sans douleur, de cette évidence non concertée, de suivre sans labeur ni certitude, avec le bonheur des étonnements sincères, une plume qui me guide et me porte.”
Comments
2 Responses to “L’élégance du hérisson”
Leave a Reply
Je viens de finir le tres beau Rapport de Brodeck de Claudel, et je commence le livre dont tu parles. Je lirais ta critique juste après
Il est 3:41 et, dans le calme nocturne, mon esprit se libère de la lecture du roman de Barbery. Et c’est avec beaucoup de curiosité que je me jette sur ta critique. Tout de suite me viennent deux évidences, que le retour du disco est inévitable et que les femmes ont un talent fou. Très jolie critique pour un très grand livre.