Sophie Brissaud, un amour de Ptipois…
Poste le 9 mars 2008
Dans la categorie VIP
Bonjour Madame Brissaud. Je vous remercie de bien vouloir répondre à cette interview. Nos lectrices, les ménagères sont des fans absolus de vos livres comme la Table Végétale, La Table du Thé, etc…
Notre spécialiste à la rédaction a déjà tenté quelques une de vos recettes.
Nous sommes restés Baba devant les Tuiles de Parmesan. Toute l’équipe de la Ménagère point Net vous remercie de prendre le temps de nous recevoir.
1. Comment arrive-t-on à devenir un écrivain culinaire ?
Sophie Brissaud : Bonne question ! La réponse n’est pas d’un seul tenant. À mon avis cela requiert l’aptitude de bien transmettre par l’écrit les données des sens, ce qui n’est pas toujours facile. Et surtout d’être prudent sur les émotions : une écriture culinaire doit être sensorielle, pas émotive. On doit faire la différence entre la sensation que nous donnent les choses et le plaisir ou déplaisir personnel qu’on en éprouve. Une culture culinaire vaste et toujours en mouvement est aussi indispensable.
Mais si vous faites plutôt allusion aux moyens d’entrer dans un hypothétique cercle des écrivains culinaires, c’est plus compliqué. Beaucoup écrivent sur la cuisine et les restaurants, beaucoup rêvent d’écrire dessus, il y a autour de ces activités un buzz d’ambition phénoménal (surtout depuis la popularisation des blogs) et un entrisme vertigineux. Donc ça se bouscule au portillon. Les éditeurs se frottent les mains mais il y a une certaine distance à franchir entre savoir noter sa recette de muffins ou raconter son repas dans un restaurant, et faire un véritable travail d’écriture et de vérification des sources. Dieu reconnaîtra les siens.
Pour ma part je suis entrée dans le métier graduellement, en saisissant une branche après l’autre, sans chercher particulièrement à devenir écrivain culinaire : disons que j’ai été guidée par des occasions diverses jusqu’à finir par ne plus faire que ça. J’ai débuté comme lectrice-correctrice et traductrice d’anglais, puis j’ai fait partie de l’équipe d’un guide des restaurants de Paris tout en effectuant des travaux de retraduction sur épreuves sur des ouvrages culinaires. Un jour un éditeur culinaire est tombé sur un petit texte que j’avais écrit sur la betterave et c’est là que tout a commencé. C’était en 1996. J’exerce ce métier depuis douze ans.
2. Votre goût est-il votre principal outil de travail ?
Sophie Brissaud : Absolument. Les autres sens le suivent d’assez près, l’odorat en premier.
3. Quelles sont les principales valeurs pour être un(e) bon(ne) cuisinier(e) ?
Sophie Brissaud :
L’amour du prochain
Le respect du produit
La recherche du produit
Le sens du partage
L’imagination sensorielle qui permet d’associer les goûts dans sa tête
La sensualité
La gaieté
Le courage physique
Savoir aller à l’essentiel
Une petite blessure au cœur un peu cachée, qui reste ouverte et qui nous incite au don et au soin des autres.
4. Quelle est la différence entre une cuisine de ménage et celle d’un grand chef souvent inspiré par la première ?
Sophie Brissaud : Il est difficile de répondre à cette question en raison de la grande diversité des cuisines de chef. Pour trouver un exemple simple, dans l’idéal (enfin, dans mon idéal) il ne devrait y avoir aucune différence entre une bonne cuisine de ménage et une cuisine de chef classique. J’aime que cette dernière sente “la maison”, le mijotage, le fait de prendre son temps. Ce devrait être la même intégrité, la même honnêteté, le même soin. Autre aspect : il s’agit d’une économie du travail totalement différente, entre la cuisine réalisée individuellement dans votre petite cambuse et celle qui résulte des efforts conjugués de toute une brigade. Pour cette raison, il arrive parfois, de nos jours, que la cuisine de chef se résume à un assemblage de parties distinctes, une espèce de travail à la chaîne. Quand cela se sent, c’est dommage. Là se trouve, à mon avis, la principale différence sur laquelle vous me questionnez.
Parfois aussi, dans certains restaurants très étoilés, la cuisine est devenue une telle recherche, d’une telle sophistication (et mue par une si grande ambition — la course aux étoiles), qu’elle devient profondément ennuyeuse. Plus elle est sophistiquée, voire conceptuelle, plus on s’ennuie. Et là, pour le coup, je regrette vraiment le rôti de veau-purée d’une bonne ménagère.
Les meilleures cuisines que j’ai mangées en France, indiscutablement, émanaient de cuisiniers d’auberge de campagne ou d’anciennes cuisinières de maison bourgeoise. Il est rare qu’un chef contemporain m’ait fait vivre l’équivalent de ces expériences gustatives. C’est une chose que les gens qui n’ont pas connu les années 60-70 ont du mal à se représenter, et ils ne me croient pas volontiers…
5. À travers vos reportages photos, vous ouvrez des fenêtres sur un monde producteur de saveurs. La cuisine est-elle, selon vous, le principal échange culturel ?
Sophie Brissaud : Le principal, non, mais le plus facile à mettre en œuvre, celui dont la réussite est le plus évidente, oui. Et je crois qu’on ne le pratique jamais assez. C’est aussi un de ceux qui réconcilient le mieux les peuples.
6. La cuisine serait-elle alors la solution de paix dans le monde ?
Sophie Brissaud : La première solution de paix dans le monde, ce n’est pas tant la cuisine que la nourriture. C’est d’abord faire en sorte que tout le monde ait de quoi bien manger quotidiennement. Ensuite, évidemment, on pourrait rêver à établir la paix par les échanges culinaires, mais je crois que c’est plus anecdotique.
7. Êtes-vous aussi une ménagère ?
Sophie Brissaud : Beaucoup moins que cuisinière…
8. Le truc de ménagère que vous détestez le plus ?
Sophie Brissaud : Le repassage. Pour moi, le repassage est quelque chose de mystérieux, du domaine de l’algèbre.
9. Votre plat préféré ?
Sophie Brissaud : J’en ai beaucoup… Allez, au hasard, le sashimi de thon gras ou le foie de veau au caramel de balsamique.
10. Votre épice préférée ?
Sophie Brissaud : Le piment des Caraïbes.
11. Votre boisson préféré ?
Sophie Brissaud : Les grands thés de Chine. Ou alors château-yquem, tokaji aszu 5 puttonyos, ou jurançon vieux domaine-lapeyre, ou jasnières de Jean-Louis Robinot, ou le moscato passito di Pantelleria de Pietro Colosi. Ou champagne rosé de saignée. Ou, enfin, l’eau contenue dans une noix de coco.
12. Taxi ou vélo ?
Sophie Brissaud : Taxi, hélas un genou un peu endommagé m’interdit le vélo.
13. Mer ou montagne ?
Sophie Brissaud : Les deux ensemble, les îles grecques par exemple. Mais si je dois choisir, plutôt la mer.
14. Amérique ou Afrique ?
Sophie Brissaud : Afrique.
15. Mac ou PC ?
Sophie Brissaud : Mac.
16. Mari ou amants ?
Sophie Brissaud : L’amant.
17. Escarpins ou baskets ?
Sophie Brissaud : Pieds nus dans le sable. Mais ailleurs, escarpins ou baskets brodés.
18. Restos chics ou cantine de quartier ?
Sophie Brissaud : Cantine de quartier.
19. Une adresse de Paris ?
Sophie Brissaud : Racines, passage des panoramas
8, passage des Panoramas, Paris 2e - Tél : 01 40 13 06 41 - M° Grands Boulevards - Ouvert du lundi au vendredi de 12h à minuit. Fermé samedi et dimanche.
20. Votre mot préféré ?
Sophie Brissaud : Débordement.
Vous pouvez finir cet itw par une phrase qui vous conviendra.
Sophie Brissaud : Ce sera, ce soir, une phrase de Sacha Guitry : “Elles se plaignent que tous les hommes sont les mêmes parce qu’elles se comportent de la même manière avec tous les hommes.”
Focus sur l’actualité de Sophie Brissaud …
Sophie Brissaud : L’actualité de mon blog est marquée en ce moment par mon rapport en deux parties sur le festival culinaire OFF3 qui s’est tenu à Deauville début février. Ainsi que par une prestation culinaire que j’ai faite pour les Fromages AOC d’Auvergne au Salon de l’agriculture. Mais maintenant que j’ai bien couvert l’actualité, retour au rêve et au voyage et en particulier retour en Chine.
Nous vous remercions chaleureusement de votre gentillesse.
Sophie Brissaud : Bises à la Ménagère point Net.
PS : Nous remercions Sophie Brissaud du choix de ses photos. La photo des grenades est un souvenir de Grèce (1996). L’autoportrait a été réalisé à Bangkok dans le miroir du Dusit Thani et elle nous fait le cadeau du portrait, qu’elle préfère entre autre, de Jacques Pourcel, pris alors qu’ils préparaient ensemble un repas chez un ami à Bangkok en 2004.
Visitez le site de Sophie Brissaud, Ptipois, garanti sans feuille de menthe, car, comme disait ma maman, on a toujours besoin de petits pois chez soi !
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