La paix d’Anne Leroy

Poste le 26 mars 2008 
Dans la categorie Soutien

Les violences conjugales sont un fléau pour beaucoup de femmes en France, pour beaucoup trop de ménagères. Dire le mal est nécessaire pour stopper la souffrance.

Il existe un numéro le 39 19

Juste en mémoire de mon amie disparue, Laure, d’Anne Leroy, et d’autres victimes, la Ménagère point Net soutient l’action aussi souvent que faire se peut. Le silence n’est pas un ami et la toile peut être ici un espace de parole.

Mais sachez ceci, l’homme, qui vous a battu même une seule fois, a cessé de vous aimer.

Anne Leroy comme Laure ont eu du mal à l’admettre car elle n’avait pas épousé un monstre, il sait être si gentil, si délicat. Et puis, ce n’était pas entièrement de sa faute, ce sont les vieilles douleurs qui amènent les accès de colère de votre aimé. Et puis, c’était bien de votre faute, puisque, vous connaissez ce qui le met hors de lui.
La seule question qui animait Laure était celle-la : “Pourquoi je ne fais rien comme il faut ?”
Ma réponse ne l’intéressait pas, mes mises en garde, non plus

Elle trouvait des arrangements avec sa conscience car elle avait été tellement blessée. Elle pensait qu’elle ne valait plus rien, qu’il avait raison de lui donner des coups, elle se sentait tellement nulle qu’elle ne méritait que cela. Puis un jour, Laure, comme Anne Leroy, a trouvé la paix dans un cimetière à cause d’un coup trop fort, à cause de son silence.

Son petit garçon me serrait la main au cimetière et je n’arrivais pas à consoler les larmes de son mari assassin. Souvent, je m’en veux de ne pas avoir été assez convaincante, d’avoir manqué de courage ou de je ne sais quoi. J’ai toujours au fond de moi cette culpabilité vis à vis de mon amie disparue sous les coups d’un drôle d’amour.

La vie s’est rattrapée, il y a peu de temps.

Je me suis attachée à une collaboratrice avec qui je partage souvent un diner lorsque nous sommes en déplacement. Nous avions des vraies conversations de filles, sur les chaussures et autres fanfreluches. Elle venait de rencontrer un homme qui apparaissait dans sa vie comme Zorro. Un divorce difficile l’avait précipité dans sa nouvelle passion avec un Zorro princier. Et voici que trois mois, jour pour jour, après le premier baiser, ils choisissaient des rideaux pour leur nid d’amour nouvellement loué.

Et oups, 15 jours après l’emménagement, son Zorro se mutait en Hulk. Au bureau, la première fois, nous avions rien vu, des yeux rouges de premières disputes. La deuxième, elle nous laissait croire à un dérapage maquillage, comme si la Terracota Guerlain sortait directement de son écrin pour prendre la place d’un vilain bleu.

Je l’ai coincée aux toilettes pour avoir une discussion de filles complices. Elle n’avait pas seulement la poudre compactée sur le visage qui donnait un signe extérieur de danger, les yeux salement rougis quasi pourpres étaient eux-aussi indicatifs d’un incident malheureux.

” Alors, la miss, t’as picolé et tu as dansé avec la porte ?”
” Non, je suis tombée…”
” Ah, bon, comment !? T’as rien ailleurs parce que c’est pas très sexy et même moche si tu veux mon avis.”

Je lui prends le bras, pour mieux observer son binz visible. Elle grimace et se tord de douleur, ce qui signifie qu’elle a mal au bras également. Dans un accès de je ne sais quoi, je lève sa blouse et je vois un truc violacée et jaune sur sur son abdomen et alors là, je lui ai tout balancée, sur Laure et tout cela. Nous n’avons pas bossé de toute l’après-midi, les toilettes étaient devenus notre chambre des confidences.

Je l’ai prié de prévenir son père, qui l’a accueilli de suite. Au bout d’une dizaine de jours, les sérénades hulkiennes avaient eu raison de nos précautions. Elle est retournée chez le repentant, in love et regrettant à chaudes larmes les couleurs de la souffrance sur la peau de son plus grand amour.

Bien sûr, je lui ai dit qu’il recommencerait, son père aussi et tous les bouquins de la Terre qui ont étudié le sujet. Hulk m’a détesté d’emblée mais je m’en foutais, il ne me faisait pas peur, je méprisais son comportement soi-disant amoureux. Et chose incongrue, il me craignait. Alors que moi aussi, je suis une faible femme !

Et puis, je vous jure que je n’ai pas de don médiumnique, ce qui devait arriver est arrivée. Ouh, là non plus, c’était pas joli. L’oeil tuméfié, deux dents en moins, le bras dans le plâtre. Alors la chaîne de l’amour s’est formée avec son père, son frère et une armée de copines. On a déployé une énergie de diable pour sauver la vie de notre petite Annie.

Elle s’est installée dans un petit appart à elle ; son père n’habite pas loin ; Hulk ne l’approche plus qu’à 500 mètres sur commandement judiciaire ; parfois, il l’appelle pour lui dire qu’il l’aime, qu’il se fait soigner, qu’il voudrait tout recommencer.

Autant dire, qu’elle est mal, qu’elle a peur. Elle doit se faire soigner. Elle doit réapprendre l’amour de soi. Elle a compris qu’elle ne devait plus le voir et elle met tout en Å“uvre pour que cette histoire s’arrête là. La chance d’Annie est qu’elle est entourée et aimée. Elle a compris que les salades servies par des imbéciles chevronnés sur le genre qu’une femme battue provoque elle-même les coups de l’autre sont des conneries inexcusables.

Les raisons sont diverses et il y a des spécialistes qui savent comment s’installent tous les processus. Nous, les humains normaux, devons refuser qu’on fasse du mal aux plus faibles comme si nous le ferions pour sauver un enfant des massacres inhumains. C’est tout. C’est aussi simple que cela.

Pour celles qui subissent les coups, je vous supplie d’en parler autour de vous, à une amie, à votre médecin ou à un parent. Et si vous étiez abandonnés par ceux qui vous ont autrefois tellement aimé, il y a ce numéro le 39 19 car il faut absolument que vous sauviez cette petite fille qui sommeille en vous.

Pour elle, un peu pour vous et surtout pour vos enfants et maintenant un peu pour moi.

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