Ulzhan, une histoire du Kazakhstan

Poste le 25 mai 2008 
Dans la categorie Cinéma

Ulzhan est un conte sorti tout droit des steppes de l’Asie Centrale. Le film emprunte toutes les ficelles des histoires orientales et cela offre un moment rare.

Réduire le film à deux lectures, celle de l’homme blessé incarné par Philippe Torreton, au sommet de son art, et celui d’un pays méconnu, le Kazakhstan, serait partiellement juste mais inexacte. Volker Schlöndorff travaille l’Å“uvre à la manière des références culturelles allemandes, l’incontestable maestria en la matière poétique. Je me suis laissée doucement portée par le jeu de la narration en image, de la dissimulation de la douleur, de l’apparition du vendeur de mot et de la fraicheur de la belle Ulzhan.

Charles se fuit. Charles se dépossède de tout et de lui à quelques kilomètres de la frontière du Kazakhstan. La quête initiatique de Charles nous découvre un pays que nous connaissons si peu. Nous le suivons dans ses pérégrinations, à pied ou à cheval, des steppes de l’Asie Centrale jusqu’aux portes de la Chine. La dimension contemplative de la caméra et de la mise en scène vous amène au dépaysement le plus total jusqu’à vous faire sentir sur votre joue, le souffle de la course à cheval. La musique de Bruno Coulais est magistrale ; elle apporte au film ce parfum nourri de tous les mystères et des beautés âpres de ce pays d’une grande majesté naturelle.

On y découvre un monde rural abandonné par l’espoir et la vie, des champs pétrolifères surveillés comme des trésors de guerre, une nouvelle capitale kazakh édifiée comme un Gotham chinois, des gens en transition de culture, des camps de détention laissés là comme un témoignage de la souffrance des peuples , des terres aux poisons radioactifs, une école poussée par la Rose de Marie-Claire où le français y est enseigné.

Ce film nous parle des rencontres. L’âme blessée de Charles rencontre celle du Kazakhstan meurtrie que le capitalisme opère de sauver. Charles parlant peu rencontre un marchand de mot. Ce mage tantôt amusant tantôt mystique approche Charles, le sauvage, et le partage s’offre à nous. Charles rencontre Ulzhan, fille des steppes et professeur de français. Dire qu’elle est simplement belle est un euphémisme, elle est sublime. Tout chez elle apporte la dimension réelle du conte à l’histoire. Ses longs cheveux noirs, ses yeux rieurs, sa témérité, cette bonté, la vie et l’amour de l’autre, habitent Ulzhan. Elle ressemble à ces héroïnes dont les larmes emplissent les rivières ou l’amour, les champs célestes.

Charles pour oublier son drame maquille sa nécessité de solitude par le mensonge d’une chasse aux trésors. Ni Ulzhan, ni le mage croient au mensonge de Charles, que son statut d’ex-prof rend crédible. Leur souffle de vie ne réveille pas celui de Charles, qui s’en va sur la montagne du trésor alibi, rejoindre son désir de mort.

Ce parcours du deuil ressemble à celui que nous vivons tous quand nous perdons nos êtres chers. Rien n’y fait, même pas la beauté des matins, ni les autres autour, ni même les géographies sublimes. Les Arts nous permettent cela, la sublimation de ce que l’on voudrait réellement dans ces moments-là, disparaitre dans la douleur ou dans le manque. La vie ne nous le permet pas quand nous avons encore des devoirs envers ceux qui sont toujours là. Ce cinéma est utile, la perdition de Charles nous enlève le dessein de l’accomplissement de la quête morbide. La dimension de ce cinéma est grande et je lui souhaite une palme qui, à mon sens, serait plus que méritée. Spassiba.

Comments

Leave a Reply