La mort du prince
Poste le 3 juin 2008
Dans la categorie Carnet
Les femmes du monde entier pleurent la disparition d’Yves Saint Laurent, et moi aussi.
YSL s’en va rejoindre les étoiles au firmament des grands, ses doigts d’or habilleront les anges désormais. Je suis sure que ma mère l’accueillera dans la jolie lumière. Il a offert à plusieurs générations d’élégantes ses visions faites robes et corsages, chaussures et parfum dans le désir de la beauté.
Sa vie fut consacrée à la mode avec ce soupçon nécessaire de provocation qu’il dosait avec intelligence. Sa réserve naturelle sublimait ses audaces. YSL servait l’émancipation des femmes. Il fut, comme Coco Chanel, un sage trublion dans cette manière de nous vêtir en nous regardant bouger dans ce monde qu’il rendait beau par les lignes de ses collections. Christian Dior avait compris son génie créateur qui accouchait du style Saint Laurent. Il aimait les arts et ceux qui le portent dans leur âme, ils aimaient les belles et les actrices comme Catherine Deneuve qui restera la plus fidèle de ses ambassadrices. Il vouait un culte au travail de l’étoffe sans pareil et le Monde entier, les femmes et les hommes aussi, en fut comblé par 40 années de collections, de passion et d’inventivité en engageant nos allures de ses façons.
En 1954, Yves Saint Laurent, 18 ans et débarqué d’Oran, frappe à la porte du magazine Vogue avec ses airs d’étudiant sage. Bluffé par son talent, Michel de Brunhoff présente le jeune homme à Christian Dior qui l’engage un an plus tard en qualité d’assistant. En 1957, Christian Dior meurt et Yves Saint Laurent, 21 ans tout juste, reprend le flambeau de la maison de l’avenue Montaigne en présentant la ligne trapèze face au new-look Dior. Le succès est au rendez-vous. Un grand couturier est né. Saint Laurent signera six collections pour Dior jusqu’au début de la guerre d’Algérie au moment de son incorporation. Cette obligation militaire se soldera par une dépression au Val-de-Grâce. Cette descente aux enfers le rendra solitaire comme pour appuyer la marque d’un grand.
L’amour sauve toujours les âmes meurtries . Pour Yves, il prendra les traits de Pierre Bergé. Il est son compagnon dans la vie et dans le boulot. Pierre sortira Yves du Val-de-Grâce, Pierre rassemblera les fonds nécessaires à la création de sa maison de couture Yves Saint Laurent. Ils partageront tout. Leur sens aigu de l’esthétisme trouvera aussi son essence dans la réhabilitation de la Villa Majorelle à Marrakech ou dans des havres normands. Leur goût pour la musique, la danse et la peinture inspirera des robes hors du temps, belles comme des tableaux de Van Gogh, Picasso, Braque, Warhol, Mondrian, à Yves Saint Laurent. Son goût du noir laissera la place à des couleurs que lui ont insufflé ces derniers, il offrira à ses collections des palettes vives et des juxtapositions subtiles et inédites. L’argent de l’empire YSL leur permettra de commettre des actions de mécénat finançant l’aile française de la National Gallery, à Londres, qui portent aujourd’hui le nom de chacun d’eux.
Son génie s’adressera aussi à la création de costumes pour le théâtre, pour l’opéra, et pour le cinéma dont le fameux pull à plumes de Zizi Jeanmaire. Il créa les costumes pour Catherine Deneuve dans Belle de Jour qui verra naitre entre eux une amitié sans faille depuis. «Chanel a libéré les femmes, Saint ÂLaurent leur a donné le pouvoir», assure Pierre Bergé. L’indépendance des femmes se lit dans les vêtements qui conçoit. Des vêtements simples, à l’élégance évidente comme le caban, le tailleur-pantalon, la saharienne, le smoking, le jean se traduisaient au féminin. En 1966, il crée Yves Saint ÂLaurent Rive gauche et le couturier Âdessine les modèles fabriqués industriellement et diffusés dans des boutiques. Dans les années 1970, il lance Opium, un oriental épicé et charnel à contre-courant des fragrances fleuries de l’époque. Un parfum aux fragances de l’interdit choquera les esprits puritains américain. Il posera nu pour la publicité de son nouveau masculin Pour Homme devant Jean-Loup Sieff comme si la provocation faisait partie de l’alchimie d’YSL.
En 40 ans, Yves Saint Laurent impose un style urbain et élégant. En 2002, il quitte la scène des défilés de la Haute-Couture. Décoré, il y a peu, de la Légion d’honneur, il s’en est allé de guerre lasse face à la maladie. Sa vie fut bien remplie et j’ai dans ma garde robe ce qu’il m’a enseigné en matière d’élégance, estampillé qu’une seule fois des 3 initiales majestueuses, un style bien campé de mon époque.
Merci, Monsieur YSL, je vous souhaite un merveilleux voyage pour rejoindre l’autre rive et je vous remercie de faire un petit bisou à ma douce maman, c’est son jour d’anniversaire.
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