La disparition de Richard Taylor

Poste le 1 juillet 2008 
Dans la categorie Livres de chevet

« Si c’est pas malheureux de se mettre dans des états pareils » m’affirme le passant qui vient de m’interroger sur la raison de ce débord lacrymal en milieu urbain. Ouais, je sais, pauvre vieux, si tu pouvais seulement t’imaginer que toutes ces larmes tombent sur mes pommettes suite à une simple lecture.

D’un roman de poche qui plus est. J’étais passé à coté de la sortie grand format, je n’ai pas échappé au bouleversement que m’a fait cette relecture en poche. Foutu 215 pages, même pas tombé de ma sacoche, même pas oublié en gare, même pas laissé traîné sur une pile d’autres livres en souffrance.

Je suis ce genre de garçon à savoir pertinemment ce qui va me faire du mal et y trouver un certain plaisir. « La Disparition de Richard Taylor » d’Arnaud Cathrine m’a balancé contre les murs, plongé dans mes propres doutes. Licitement, j’ai pu dégueuler ouvertement, à travers lui, toute ma lassitude de la vie et somme toute souscrire à l’idée que je n’étais donc pas le seul dans cet état de désoeuvrement.

Que certes ce n’est pas le premier roman qui trace les grandes lignes de mon dessein personnel. Sentiment similaire avec ce clown de Nick Hornby et son « Haute-fidélité ». Mais il y a dans la plume de Cathrine, un plus qui se trouve entre le maussade et l’à quoi bon et surtout beaucoup moins d’autorisation à rire.

Si ce ne sont ses personnages qui parlent, c’est donc lui et fatalement moi. Cette polyphonie de femmes évoquant un seul homme. Ce vitrail démoli à grand coup de désenchantement. Comme un bon disque de Radiohead ou la guitare furieuse est contrebalancé par la voix mélancolique de Tom Yorke. Pour le coup, je pensais qu’Arnaud Cathrine parlait de moi, mais je me rend compte en refermant ce bouquin qu’il n’a pas seulement pris une part prépondérante dans mon passée, qu’il n’a pas pioché dans ma petite existence de creep, mais bien au contraire qu’il a sûrement mis dans ces lignes un peu, beaucoup, de sang qui coule dans nos veines à nous tous les enfants du futur.

Pierre DERENSY, Lille.

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