Lettre à François d’Épenoux
Poste le 9 juillet 2008
Dans la categorie Livres de chevet
Je doute que vous vous souveniez de moi, mais qui sait ?
C’était un samedi de printemps, un jour très doux. Vous dédicaciez sous un chapiteau d’un festival régional, assis à la table mal mise pour vos œuvres. Oui, je dis bien « œuvre », j’ai deviné que vous aimiez les mots et celui-ci se passe de superlatif car j’ai lu votre livre « Deux jours à tuer » qui a tant séduit Jean Becker. J’en profite pour vous remercier, ici, de cette fort jolie phrase sur la page de garde rien que pour moi, simple Ménagère, dans cet exemplaire que j’affectionne déjà tant à ma façon.
Si je vous avais lu avant de voir le film, je n’aurais pas su rencontrer l’émotion farouche de cette histoire mise en image. Les mots des maux d’Antoine ont su rester intacts ; elle est ici la véritable surprise de ma lecture de cet incroyable roman.
J’ai pris le temps de vous lire, je vous ai posé sur mon chevet, j’ai pensé à vous quand j’éteignais la lumière, et j’ai pleuré les larmes que vous ne savez pas. Le personnage d’Antoine n’est qu’une forme allégorique de la lâcheté qu’on n’ose pas vraiment, déguisé en un courage terrible pour ressembler aux monstruosités de la vie. Je ne le sais pas vraiment au fond. J’ose croire qu’une femme fera l’éloge d’une lâcheté, retournée contre elle, à l’inverse d’Antoine qui exhorte son mal, en le commettant à ceux qu’il aime.
Des passages ont été durs, purs. Je me suis demandée comment vous arriviez à être cette épouse aimante jusque dans ses pensées les plus intimes, sans doute suis-je aimée ainsi car je la question sexiste de l’esprit ne se pose pas. Ce que je veux vous dire tient en ceci, vous avez su regarder et entendre les battements des cÅ“urs en malheur. Vous parvenez à écrire l’horreur domestique dans une forme certes romancée ; elle finit par devenir insoutenable par les ressentis qui s’imposent à nous sous les traits de votre plume sagace. J’aime le ton, le choix des mots, les tournures de phrases qui servent un rythme qui m’a fait tressaillir de peur pour elle et vos enfants. J’ai eu envie de vous mettre une raclée quand vous battiez les enfants ; je vous aurais flanqué une rouste et un ouste si vous aviez salopé mon salon ; j’ai eu envie de protéger le bébé quand vous renversiez son berceau et je vous aurais menacé d’un couteau scintillant quand vous battiez celle que vous sembliez aimer.
On n’aime pas Antoine dans votre livre, on le plaint vraiment sans éprouver aucune pitié. Voyez, ici, votre talent. Je vous confonds avec précision car on croit chaque signe de votre récit que l’on traduit avec ses propres élans de vie quand on sait la mort inéluctable pour chacun d’entre nous. Il est clair que je ne voudrais pas avoir à faire à Antoine même si sa maladie semble l’excuser et que la fin du récit apporte la clé d’une forme de compréhension. Je lui ai pardonné ses actes inqualifiables pour être à l’unisson avec celle qui reste aimante, et je me suis encore une fois regardée de l’intérieur en posant cette question qui taraude en filigrane page après page : « Qu’aurais-je fait à la place d’Antoine ? »
Je vous ai rencontré, Monsieur François d’Épenoux, en vrai, dans un salon du livre, et, je viens de rencontrer vos mots à travers ce récit sublime. Je vous serai fidèle, et je vous lirai aussi souvent que faire se peut.
Très sincèrement,
La Ménagère point Net.
Lire aussi la critique du film de la Ménagère point Net
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One Response to “Lettre à François d’Épenoux”
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tu m as donnée envie de le lire, je l’achete ce week end pour les vacances !